Rencontre avec François Rauzy (partie 1) - Spécial 125 ans

Journaliste pour Ici Armorique, François Rauzy commente les matchs du Stade Rennais depuis 2020 et anime l’émission hebdomadaire Le lundi c’est Rauzy. Figure incontournable de la passion Rouge et Noire, il revient dans ce second entretien de l'année, sur les moments marquants de sa carrière et sur son lien particulier avec le club.

Ceci est la première partie de l’entretien réalisé avec François Rauzy, la seconde partie sera à retrouver dès demain dans l’Hebdo Rennais.

Bonjour François, merci de nous accorder un peu de votre temps. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous retracer votre parcours, afin d’expliquer comment vous êtes devenu journaliste sportif ?

Après avoir obtenu mon baccalauréat économique et social au lycée Zola, j’ai intégré une école de commerce, mais je ne suis pas allé au bout de cette formation. J’ai ensuite travaillé plusieurs années dans la restauration afin de rembourser le prêt étudiant que j’avais contracté. C’est à Rennes que j’ai véritablement découvert le journalisme, en rejoignant la radio associative C-Lab, installée sur le campus de Rennes 2. J’y animais une émission politique et c’est là que j’ai pris goût à ce métier. Cette expérience a été un déclic : j’ai alors décidé de passer les concours de l’ESJ Pro de Montpellier, que j’ai réussis. J’ai effectué ma formation en alternance à France Bleu Pays d’Auvergne. Lors de ma deuxième année, j’ai poursuivi à France Bleu Azur, à Nice, puis à France Inter, au service politique et économie. À la fin de mes études, je me suis dirigé vers France Bleu Armorique car je suis rennais. Je suis resté à peu près un an en tant que pigiste et c’est tombé sur le moment où le poste qu’occupait Cédric Guillou s’est ouvert, et ma supérieure m’a fait confiance. Cela fait donc depuis Juillet 2020 que je suis Journaliste sportif ici.


© yzuar (Instagram)

Avez-vous toujours souhaité devenir journaliste ?

Je voulais l’être quand j’étais au lycée, mais je ne savais pas trop les voies qui existaient pour devenir journaliste. J’imaginais qu’il n’y avait que Sciences Po, il y avait une prépa Sciences po dans laquelle j’avais été refusé et donc je m’étais un peu dit “c’est mort le journalisme…” alors qu’il y avait plein d’autres raisons. Et c’est finalement revenu, je pense que c’était clairement ma fibre, c’est ça ce pour quoi j’étais fait, c’est revenu à un moment plus tardif de ma carrière, mais oui j’ai toujours voulu devenir journaliste sportif.

Votre amour pour le Stade Rennais transparait souvent à l’antenne. Comment est née votre passion pour les Rouges et Noirs ?

Comme pas mal de jeunes rennais footeux, je suis un peu de la génération France 98 : j’avais 6 ans et demi quand la France a gagné la Coupe du monde, et je me suis mis au foot comme beaucoup de gens à ce moment-là. Et quand on joue au foot à cet âge-là, il y a une équipe qui “défonce” un peu tout le monde sur les plateaux, c’est le Stade Rennais. J’avais un peu les yeux écarquillés quand je voyais les mecs du Stade Rennais, je me disais “c’est les meilleurs, je veux jouer dans cette équipe…”. J’ai même un père fan du FC Nantes à l’origine, mais j’ai réussi à passer outre ! Ma mère était pas du tout foot, et j’avais un copain dont la maman avait des places pour les matchs avec son travail, et on y allait ensemble petits. Mon premier match ça devait être un Rennes-Metz, en 1999 je crois.

Et après dès que tu vas au stade, le virus il part assez rapidement, et il s’est aussi entretenu parce que j’ai joué 1 an au Stade Rennais quand j’avais 15 ans. Quand j’ai porté le maillot je pense que ça a encore un peu plus décuplé le truc, la sensation d’en être, et c’est encore plus fort.

À quoi ressemble concrètement votre semaine de travail lorsqu’un match est programmé le week-end ?

Ma semaine débute généralement le jeudi. Mes jours off sont en principe le mardi et le mercredi, sauf lorsqu’il y a les Coupes d’Europe.

On a la conférence de presse d’avant-match qui est 48 heures avant la rencontre. En amont, je prépare mes questions et je réfléchis aux angles que je souhaite traiter pour ne pas se répéter chaque semaine. En parallèle je traite d’autres sujets, là par exemple j’ai aussi bosser sur un sujet sur les années formateurs de Franck Haise. Ensuite je monte mes sujets, je fais aussi un peu de rédaction web sur le match pour le site d’Ici Armorique.

Le lendemain, ça arrive que je traite d’autres sports même si 95% de mon temps est dédié au Stade Rennais. Il va y avoir de la prépa match, éventuellement d’autres sujets, …

Le jour de match, quand c’est à domicile, je me rends à la radio environ quatre heures avant le coup d’envoi. Je consacre à peu près deux heures à la préparation du match : statistiques, chiffres, ... Je passe beaucoup par Transfermarkt notamment pour tout ce qui est chiffres. J’écris aussi quand c’est à domicile l’avant-match, ce que les gens ne se rendent pas compte, c’est que ce qui me demande le plus de temps ce n’est pas le match en lui même, c’est l’avant-match. On a une demi-heure d’avant-match et c’est quelque chose de très calibré. moi c’est un truc de 30 minutes, il y a pleins de sons de conf dedans, je prévois des questions pour mon consultant à domicile qui est Gaël Danic.

Puis après le match, pour le coup même si j’ai préparé des notes, je n’écris rien, je n’arrive pas à ne pas vivre à fond le match, je suis obligé d’être à 100% sur le commentaire, je le vis à bloc.

Fin du match, je descends en conférence de presse puis en zone mixte pour poser les questions. Je mets à jour le web d’après-match avec les infos, les buteurs, les minutes, ... Après je rentre à la radio et j’en ai pour une heure et demi - deux heures pour monter pour la matinale du lendemain. Les soirs de match, je ne finis jamais avant 3 heures du matin.

Et enfin ce qui me demande aussi du temps le lundi, c’est la préparation de mon émission « Le lundi c’est Rauzy » tournée à 18h, puis la mise en ligne sur YouTube.


© Ici Amorique

Dans vos commentaires, vous assumez un certain partis pris pour le Stade Rennais. C’est une liberté que vous offre le journalisme local ?

C’est une liberté qu’ont tous les commentateurs du réseau Ici, même si je pense que je suis particulièrement chauvin, mais c’est assez confortable. Pendant les matchs, j’ai du mal à conserver une distance totalement critique : je vis la rencontre comme un supporter, je l’assume et je pense c’est ce que les gens apprécient dans mes commentaires, même si parfois ça énerve. Mais pour moi, ma distance critique elle est après à froid. A chaud, il faut que l’auditeur il soit avec moi au stade, je pars du principe que l’auditeur c’est un supporter, ce que j’apprécie le plus c’est quand on me dit '“C’était génial, on était avec toi, accrochés du début à la fin”. Là après le match contre Paris, il y a un gars qui m’a écrit sur Instagram, qui m’a dit “Vraiment vous vous rendez pas compte, je vous remercie à quel point ce que vous faites pour moi, pour mes enfants, parce que c’est hyper dur aujourd’hui avec un PSG aussi dominant de transmettre notre fibre Stade Rennais à nos enfants, et grâce à vous j’y arrive.”, et je me dis ça c’est le meilleur compliment qu’on puisse me faire.

Il y a des mecs aussi qui m’ont dit, et ça c’est le truc le plus fou qu’on m’ai dit je pense, il y a un mec l’autre fois qui me dit sur Twitter “Quand je vais au stade, je mets mes écouteurs”, et il y a 3-4 gars qui ont répondu “moi je fais pareil, je viens jamais au stade sans mes écouteurs”. C’est une responsabilité importante.

Je considère que quand je suis à l’antenne, c’est aussi un spectacle pour l’auditeur. Le mec qui écoute le match, il doit avoir envie d’être avec moi et d’y rester.

Cette façon de commenter peut parfois me valoir aussi quelques problèmes. Je me souviens d’un déplacement à Clermont : au moment d’un but rennais, un supporter local m’avait insulté en direct et j’ai dû rendre l’antenne quelques instants pour apaiser la situation.

Aussi, lors du match à Fenerbahçe on menait 3-0 après une demi-heure de jeu. Les journalistes turcs qui ont ce côté très supporters et qui étaient installés à mes côtés en tribune de presse me regardaient un peu tous en chien de faïence. Par contre sur le 3-3 j’ai eu le droit à leur venue pour me chambrer, mais c’était bon enfant, il n’y avait pas d’animosité.

Quelle image renvoie selon vous le Stade Rennais aujourd’hui ?

Je pense que c’est un club qui frustre beaucoup de monde, ses supporters en premier et même des suiveurs. Mais je pense que c’est un club qui a quand même la reconnaissance de l’importance qu’il a, malgré son absence manifeste de palmarès. Moi ma plus grande frustration c’est qu’on ait jamais été sacré Champions de France. C’est l’un des sujets que je prépare pour les 125 ans. Mais je le vois notamment à l’After, c’est un club qui est beaucoup plus traité qu’il ne l’était avant. Je vais pas dire qu’on est autant traité que Paris, Marseille ou Lyon mais quand tu es supporter rennais et que t’écoute l’After cette saison, tu peux retrouver pleins de sujets différents. Je pense qu’il y a eu un marqueur important à Milan. Je me rappelles de Riolo qui disait “Est ce qu’on se rend bien compte que ce club il a envoyé 10 000 supporters à Milan?” Il y a eu un respect un peu plus grand des médias nationaux qui se demandaient s’ils avaient pas un peu sous-évalué ce club, ce qu’il représente, l’engagement de ses supporters.

Il y a bien plus de fierté qu’à une époque d’être supporter du Stade Rennais. La génération qui a connu l’ascenseur dans les années 1980-1990 se satisfait totalement de ce qu’il y a aujourd’hui et va dire aux jeunes “Vous vous rendez pas compte, nous on était en L2 pendant des années, c’est déjà très bien”. Elle était aussi moins fière que notre génération.


© Ouest France

Je me rappelle d’un autre marqueur également c’est le dernier match à domicile contre Marseille lors de la saison 2021-2022. Il y a eu pleins de choses avant, le Rennes-Arsenal, le déplacement à Séville… qui ont fait l’engouement et la fierté. Mais je me souviens que dès le début d’après-midi, partout dans les rues de Rennes, il y avait des gens avec le maillot de Rennes. Je me suis fait la réflexion que je n’avais jamais vu ça. Avant, même si il y avait des supporters, que ça arrivait de remplir le stade, il n’y avait pas toute cette revendication et cette fierté de porter le maillot. Aujourd’hui tu remplis le stade quasiment tout le temps malgré des prix assez cher. Le club s’est construit une base solide de supporters, qu’il n’avait pas avant. Le club a franchi un cap, même si, bien sûr, on aimerait que ça aille encore plus vite et que ça soit plus tangible.

Propos recueillis par Axel LECHARTIER et Quentin.L le 20/02/2026

L’Hebdo Rennais – par Team SRFC

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