À domicile, une équipe remplie de certitudes
Au Roazhon Park, le bilan est particulièrement convaincant. En cinq rencontres de Ligue 1, les Rennais ont obtenu quatre victoires et un match nul. Avec 13 buts inscrits pour seulement 5 encaissés, ils affichent une moyenne de 2,6 points par match. Les succès contre Marseille (1-0), Auxerre (4-1) et Strasbourg (3-0) témoignent de cette capacité à imposer leur rythme et à faire la différence devant leur public. Les rouges et noirs auraient même pu réaliser un sans fautes si ils ne s’étaient pas fait rejoindre au score lors de la première journée par le Paris-Saint-Germain après avoir pourtant mené 2-0. À domicile, Rennes semble évoluer avec davantage de confiance et de sérénité. L'équipe prend plus facilement le jeu à son compte, se projette avec ambition et parvient à exercer une pression collective sur ses adversaires. Surtout, elle affiche un équilibre qui lui permet de se montrer dangereuse offensivement sans se découvrir excessivement. Le Roazhon Park est donc devenu un véritable point d'appui. Mais cette solidité ne se retrouve malheureusement pas lorsque les Rennais prennent la route.
À l'extérieur, une défense qui prend l'eau
Le contraste est saisissant. En quatre déplacements de Ligue 1, Rennes compte une victoire pour trois défaites. Le bilan est beaucoup moins flatteur : 7 buts marqués, mais surtout 14 encaissés, soit 3,5 buts concédés par match. Les défaites à Lyon (4-0), au Paris FC (4-3) et plus récemment à Nice (5-2) illustrent les difficultés rennaises. La victoire à Angers (2-1) montre que l'équipe est capable de gagner hors de ses bases, mais elle ne suffit pas à masquer les nombreuses fragilités observées. Ce qui inquiète particulièrement, c'est la manière dont Rennes encaisse ces buts. L'équipe semble perdre ses repères dès qu'elle subit davantage. Les espaces s'ouvrent, les duels sont moins bien maîtrisés et les adversaires trouvent trop facilement des situations dangereuses.
© Stade Rennais F.C
Les 5 buts encaissés vendredi en sont le parfait exemple avec une défense aux abois sur toutes les situations et qui a plombé l’équipe qui n’a pas réalisé un si mauvais match sur le plan offensif. Le problème n'est donc pas uniquement comptable. Il est aussi collectif : Rennes ne semble pas encore avoir trouvé la bonne formule pour défendre efficacement à l'extérieur.
Le 3-5-2, une première réponse qui avait pourtant convaincu
Après les difficultés rencontrées à Lyon et au Paris FC, Franck Haise a décidé de modifier son organisation. Face à la Juventus, le 22 octobre, l'entraîneur rennais a opté pour une défense à trois, dans un système en 3-5-2, qui pouvait également évoluer en 5-3-2 selon les phases de jeu. Ce changement répondait à un besoin identifié : Rennes était devenu trop friable dans l'axe. L'objectif était de renforcer la densité défensive, de mieux protéger la défense et de retrouver une certaine maîtrise collective. Et le premier résultat a été encourageant. À Turin, les Rouge et Noir ont obtenu un match nul 2-2 face à la Juventus, au terme d'une prestation intéressante en matière de solidarité et de cohérence. Le trio axial semblait apporter davantage de stabilité, tandis que les pistons offraient des solutions pour ressortir le ballon et se projeter. Franck Haise avait d'ailleurs souligné les bénéfices de cette organisation, évoquant une “stabilité importante” et des moments de maîtrise retrouvés. De quoi penser que le technicien avait peut-être trouvé une solution pour corriger les difficultés défensives de son équipe.
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La victoire 3-0 contre Strasbourg, avec ce même dispositif, avait ensuite renforcé cette impression. Deux rencontres, deux prestations encourageantes : le 3-5-2 semblait avoir redonné des repères aux Rennais. Mais le déplacement à Nice a brutalement refroidi cet optimisme.
Nice, le rappel que le problème dépasse le système
En encaissant cinq buts à l'Allianz Riviera, Rennes a montré que le changement de dispositif ne pouvait pas, à lui seul, résoudre ses difficultés. Malgré une défense à trois, les Rouge et Noir ont retrouvé les mêmes travers : manque de rigueur, difficultés dans les duels et désorganisation collective. Après la rencontre, Franck Haise n'a d'ailleurs pas cherché à se cacher derrière des explications tactiques. Son constat a été particulièrement sévère : “On a pris 13 buts et 0 point sur les trois derniers matchs, en changeant de système mais pas en changeant la rigueur et l'attitude dans certains duels”. L'entraîneur a surtout insisté sur l’insuffisance observé lorsque son équipe n’a pas le ballon. Ces déclarations mettent le doigt sur un problème essentiel. Une défense à trois peut apporter une meilleure couverture de l'axe et offrir davantage de sécurité sur le papier. Mais elle ne garantit pas automatiquement un bloc compact. Si les milieux ne protègent pas suffisamment la défense, si les pistons sont pris dans leur dos ou si les joueurs manquent d'agressivité dans les duels, les espaces restent exploitables. Haise a même ouvert une autre piste après Nice : Rennes n'est peut-être pas encore capable de défendre avec un bloc haut à l'extérieur. Un bloc plus bas, mieux positionné et plus rassurant pourrait être nécessaire. Le débat ne concerne donc pas seulement le choix entre une défense à trois ou à quatre, mais bien la capacité de toute l'équipe à défendre ensemble.
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Le véritable chantier de Franck Haise
Les résultats rennais dessinent aujourd'hui deux réalités opposées. À domicile, l'équipe est capable de prendre le jeu à son compte, d'inscrire des buts et de contrôler la majeure partie de ses rencontres. À l'extérieur, elle perd trop facilement son équilibre et se montre beaucoup trop vulnérable. Le 3-5-2 avait laissé espérer une réponse à ces difficultés. Les prestations face à la Juventus et Strasbourg ont montré que cette organisation pouvait fonctionner. Mais Nice a rappelé qu'un système ne fait pas tout : sans rigueur, sans intensité dans les duels et sans volonté collective de défendre, aucune organisation ne peut tenir durablement. La priorité pour Franck Haise est donc claire : trouver une animation défensive adaptée aux déplacements et réussir à maintenir un bloc cohérent, même lorsque l'adversaire prend l'initiative. Il faudra aussi apprendre à mieux gérer les temps faibles et éviter qu'un premier but encaissé ne provoque une véritable déroute collective. Le Stade Rennais n'a pas forcément besoin de tout révolutionner tactiquement. Il doit surtout réussir à reproduire à l'extérieur ce qui fait sa force au Roazhon Park : de la solidarité, de l'intensité et une vraie exigence collective. Car les ambitions rennaises ne pourront pas reposer uniquement sur les performances à domicile. Pour franchir un cap cette saison, les Rouge et Noir doivent enfin apprendre à voyager.
Axel LECHARTIER
