Pour lancer l'année des 125 ans du Stade Rennais, Serge Lenoir, attaquant vedette de la fin des années 1960 a accepté d’échanger quelques minutes avec nous. Dans cet entretien accordé à Team SRFC, il se livre sans concession sur les moments les les plus mémorables de sa carrière et sur les souvenirs d'une époque aujourd'hui révolue.
Ceci est la première partie de l’interview réalisée le 10 janvier dernier; la seconde partie sera à retrouver dès demain.
Bonjour Monsieur Lenoir, merci de nous avoir accordé un peu de votre temps. Pour commencer, pouvez-vous tout d’abord effectuer un bref résumé de votre carrière de footballeur ?
J’ai commencé le football à l’AS Servannaise à Saint-Malo dans les années 1960. Assez adroit devant les cages, je fus repéré par un recruteur à l’été 1966. Devant effectuer mon service militaire l’année qui suivi, il décida de me recontacter en 1968. Après l’avoir rencontré, il me proposa de rejoindre le FC Nantes ou le Stade Rennais. C’est finalement vers ce dernier que je me dirigea durant l’intersaison. J’effectuai 4 saisons au Stade Rennais avec lequel je remportai notamment la Coupe de France en 1971. En 1972, je décidai de quitter les rouge et noir pour rejoindre le SC Bastia pour une durée de quatre ans. J’ai décidé par la suite de finir ma carrière à Brest afin de me rapprocher de mes proches et de préparer mon après-carrière, alors qu’il me restait 2 ans de contrat en Corse.
Quelle image avait le Stade Rennais quand vous l’intégrez en 1968 ?
A cette époque, le Stade Rennais avait l’image d’un club en progression, notamment depuis son premier sacre en Coupe de France en 1965. Sur le plan régional, il était hégémonique car les clubs professionnels que l’on connaît aujourd’hui (Brest, Lorient, Guingamp) n’évoluaient alors qu’au niveau amateur. Le Stade Rennais était le représentant de la Bretagne sur la scène nationale.
© France Football
Pendant vos 4 années au club vous avez été dirigé par Jean Prouff, légende du club. Quel impact et quelle légitimité avait-il sur l’équipe pour lui permettre de performer ?
Jean Prouff était un amateur du beau football. Selon moi, il privilégiait le contenu au résultat. L’important était de renvoyer une belle image du Stade Rennais. Je pense qu’il préférait que l’équipe perde en jouant bien que de gagner en jouant mal. L’ensemble des joueurs prenaient du plaisir à évoluer ensemble et nous pratiquions un football de qualité. Même lorsque nous perdions, nos adversaires reconnaissait notre haut niveau de jeu. Il y avait une véritable âme qui se dégageait de l’équipe.
Quel type de joueur étiez-vous et quel rôle occupiez-vous dans l’équipe ?
Dans cette équipe j’ai évolué à plusieurs postes. J’ai commencé en tant qu’avant centre puis j’ai été positionné ailier par la suite. J’alternais entre ailier droit et gauche. J’avais plutôt un rôle de remplaçant à Rennes et je m’adaptais en fonction des indisponibilités des uns et des autres. J’avais quand même beaucoup de temps de jeu, vous savez le nombre de remplaçants à l’époque était drastiquement moins important qu’aujourd’hui. Il y avait traditionnellement un joueur de champ et un gardien sur le banc.
© L’Equipe
Serge, on ne peut pas parler de votre passage au club sans évoquer l’année 1971 et ce sacre en Coupe de France. Pouvez-vous nous parler de ce parcours qui vous a emmené jusqu’à la victoire finale face à Lyon ?
Nous avons éliminés des équipes amatrices lors des premiers tours : Quevilly et Châteauroux. En ¼ de finale nous nous sommes imposés largement face à Monaco avant d’affronter Marseille en demi-finale. Nous les avions affrontés quelques jours auparavant et nous nous étions inclinés lourdement sur le score de 5-0. La demi-finale se jouait en match aller/retour à l’époque. Lors du match aller nous avons perdus 1-0 à l’extérieur avant de s’imposer 2-1 au retour dans une ambiance de folie. Jean Prouff m’avais fait entrer en jeu en cours de match et j’ai été le premier à tirer lors de la séance de tirs aux buts. Marcel Aubour a été héroïque dans cette séance en détournant plusieurs tentatives ce qui nous a permis de nous qualifier en finale. Lors de la finale à Colombes j’étais sur le banc et Prouff m’avait demandé de partir m’échauffer pour entrer en jeu. Finalement, entre-temps, André Guy avait obtenu un penalty et s’était fait justice lui même. A quelques minutes près, j’aurais pu être décisif. Nous avons remporté la finale sur le score de 1-0 et ce fut un formidable moment de partage avec le public.
Propos recueillis par Axel LECHARTIER