Fondateur de Rouge MÉMOIRE, Fabrice Pinel est devenu depuis plus de dix ans une référence dans la collecte des données du Stade Rennais. Rencontre avec ce passionné du club, qui relaie depuis 2011 l'histoire des Rouge et Noir.
Ceci est la première partie de l’entretien réalisé avec Fabrice Pinel, la seconde partie sera à retrouver dans l’Hebdo Rennais demain, mercredi 22 avril.
C'est avant tout un site web créé il y a 15 ans maintenant. Au début du siècle, Internet apparaissait, j'avais créé déjà un site sur le Stade Rennais qui s'appelait staderennais.net et son nom officiel était "Dasquad", un jeu de mots avec l'équipe en anglais, "The Squad". Ça a duré de 2003 à 2007. Ensuite en 2010, j'ai eu une formation professionnelle de création de sites web. C'était l'occasion d'en faire un, j'avais un peu de matière sur le Stade Rennais donc je me suis dit, si je fais un site web, ce serait sur le stade. En 2011, après un an de boulot dessus, j'ai lancé "Rouge MÉMOIRE" qui depuis s'est équipé d'un webmaster notamment et de pas mal de contributeurs. Qu'est-ce qu'on y trouve dedans ? C'est la retranscription de toute l'histoire professionnelle du Stade Rennais, c'est-à-dire toutes les feuilles de matchs de 1932, début de l'ère du football pro, à aujourd'hui. Ça fait donc des milliers de feuilles de matchs, toutes recompilées avec les buteurs, les minutes, les cartons, les exclus, le nombre de spectateurs, le nom de l'arbitre... toutes ces choses qui ont été de plus en plus dures à retrouver pour remonter le temps. Maintenant Rouge MÉMOIRE, on le fait vivre sur les réseaux, X, Bluesky, Facebook, un petit peu YouTube, ... Les supporters savent où nous trouver maintenant, je pense.
Comme dit auparavant, j'avais déjà un site web par le passé où la fibre était déjà là pour partager ce que j'avais comme matière. J'avais beaucoup de matière historique et les gens qui m'ont rejoint en avaient beaucoup aussi. Donc le but c'était de partager aux supporters rouge et noir tout ce qu'on pouvait avoir, parce qu’avoir beaucoup d'archives pour les garder pour soi, ça n'a pas forcément d'intérêt à mes yeux. Donc l’objectif était de mettre à disposition toute l'archive pour que quelqu'un qui a envie de savoir le score et le buteur d'un match de 1948 puisse le faire aujourd'hui grâce au site web qu'on a mis à disposition.
© 20 Minutes
Sur la partie que j'ai vécu, j'avais tout puisque je compilais tout depuis tout petit. À l'époque il n'y avait pas trop d'ordinateurs ni d’internet donc à chaque match on prenait des fiches Bristol sur lesquelles je notais les compos, les buteurs, les minutes, ... Quand le site a été lancé, il retranscrivait toute cette période de 1994 à aujourd'hui, mais le "aujourd'hui" du lancement du site c'était 2011. Ensuite depuis 2011 à 2025, on a vécu les matchs donc il n’a pas trop été besoin de recouper les données puisqu'on les a eu en live. Par contre il a fallu remonter le temps de 1994 à 1932, je me suis beaucoup appuyé sur Matthieu Le Charpentier qui avait lui pas mal d'archives physiques de toutes ces époques et qui par conséquent a beaucoup travaillé pour combler tous les trous que l’on pouvait avoir dans nos archives : en allant à la rencontre d'anciens joueurs, d'anciens dirigeants, de passionnés comme nous, en ramenant des coupures de presse, numériser tout, etc... il a des milliers, pas loin du million je pense, de documents numérisés depuis, qui nous ont permis de retranscrire tout ce dont on avait besoin. Maintenant on a un peu “fini le game" dans le sens où on a remonté le temps, on a juste une feuille de match à ajouter à chaque match, celle du nouveau match.
Je pense que c'est important de préserver la mémoire d'un club quel qu'il soit. Nous on le fait pour Rennes parce que c'est notre club, mais j'invite tous les supporters un peu fous comme nous qui ont envie de compiler plein de choses de le faire sur d'autres clubs. Aujourd'hui Rouge MÉMOIRE vous le connaissez à Rennes mais il y a exactement le même site dans cinq autres villes de France puisqu'on a partagé notre formule, donc il y a des passionnés comme nous qui font la même chose. C'est le cas à Lens, à Nantes, à Strasbourg, à Brest et à Lille. Ce sont des gens qu'on a formés sur notre outil puisque maintenant celui-ci est exportable, et qui font exactement la même chose que nous, qui remontent progressivement le temps. Ça montre que ce que l’on a fait, ce que l'on a imaginé autour des années 2010-2011, c'est une formule qui plaît ailleurs aussi et des passionnés comme nous ont envie de l'appliquer. Je ne sais pas si un jour on aura tous les clubs de Ligue 1 intéressés par la formule mais en tout cas aujourd'hui ça se passe bien.
© L’Equipe
La période que l'on n'a pas vécue, que les supporters connaissent peu, c'est la période des années 1960, début 1970 avec les deux Coupes de France remportées. Jusqu'à il y a 8-9 ans, c’était la période faste du club dans le sens où deux trophées ont été remportés, mais c’est aussi la période Jean Prouff, qui est quand même la personnalité du banc la plus importante de l'histoire du club. Il y a eu derrière des bons coachs comme Bruno Génésio notamment, qui a fait des très belles choses, mais Jean Prouff lui il était un peu révolutionnaire de son époque, c'était un personnage très important.
Pour avoir rencontré beaucoup d'anciens de l'époque 1964-1965 et de cette victoire en Coupe de France, beaucoup disent que cette année-là on aurait dû jouer le titre si on n'avait pas tout misé sur la Coupe. Quand on entend beaucoup parler de titres, "on n'a jamais joué le titre", en 1965 les joueurs de cette époque disent clairement qu'à un moment donné, ils ont tranché entre le championnat et la Coupe et que jusqu'au mois d'avril ils sont au coude à coude avec Nantes qui termine champion.
C’est une période à laquelle personne ne pense trop mais en tout cas les anciens joueurs qui nous la racontent nous disent qu’ils ont dû faire un choix parce qu'il y avait des effectifs courts, de 12-13 joueurs qui jouaient tous les matchs, et qu’à un moment donné il fallait mieux gagner quelque chose que rien.
Rouge MÉMOIRE s'est lancé en 2011 en ne partant de rien juste avec l’objectif de partager de la donnée. Je faisais ça de mon côté, puis après l'équipe m'a rejoint à partir de 2013-2014, on s'est agrandi, on s'est rendu compte qu'en fait nos données étaient clairement exploitées et utiles à beaucoup de gens. Ça nous a donné de la visibilité auprès du club qui s'est rendu compte qu'ils avaient besoin de nous à un moment donné, notamment sur le projet de la Galerie des Légendes, car le club partait quasi de rien, avec une envie de faire un lieu d'histoire pour le club mais sans avoir forcément toute la matière pour le faire.
L'anecdote c'est qu'en faisant cette galerie il fallait disposer les deux Coupes de France remportées et prévoir une troisième vitrine en même temps si un jour il y en a une troisième coupe. Lorsque la Galerie ouvre fin 2018, début 2019, on n'a pas encore gagné la troisième Coupe de France. C’est lors de son inauguration que l’on accueille la Coupe de France 2019 dans la vitrine qui était prévue pour ça.
C'était un beau clin d'œil de l'histoire, d'ouvrir une galerie le jour où la coupe arrive. Ce n’était pas prévu puisque c'était plusieurs années de travail, on était à des années-lumière de penser que le jour où elle ouvrirait il y aurait une troisième coupe.
C'est une question que je ne me suis jamais vraiment posée. Côté joueur ou ex-joueur, Romain Danzé évidemment incarne tout ça parce que non seulement il a été joueur (376 matchs), il est toujours au club, il connaît bien le club et surtout il connaît son écosystème. Il a une certaine proximité, il coche toutes les cases. Il y en a énormément d'autres que je pourrais citer, mais je pense à lui en premier. Il connaît plein de choses sur l'histoire de son propre club. Aujourd'hui les joueurs qui passent par Rennes ne connaissent pas 1% de ce que lui sait sur le club, et ceux qui s'y intéressent c'est rare de nos jours.
Benjamin Bourigeaud lui incarne plutôt le succès, les années européennes, l'âge d'or du club. Sportivement si on se limite au carré vert, Benjamin Bourigeaud oui c'est sûr que c'est l'incarnation du club.
© Ici Armorique
Découvrez la partie 2 de cet entretien avec Fabrice Pinel demain dans l’Hebdo Rennais !
Propos recueillis par Axel.L et Quentin.L le 15/04/2026