Fondateur de Rouge MÉMOIRE, Fabrice Pinel est devenu depuis plus de dix ans une référence dans la collecte des données du Stade Rennais. Rencontre avec ce passionné du club, qui relaie depuis 2011 l'histoire des Rouge et Noir.
Ceci est la seconde partie de l’entretien réalisé avec Fabrice Pinel. Vous pouvez retrouver la première partie publiée ici
Aujourd'hui il est unique dans le sens où il a un propriétaire de la région qui aime son club et qui n'est pas là pour un business. On voit dans beaucoup de clubs que ce n’est pas le cas aujourd'hui, que les actionnaires se succèdent et on voit bien que les supporters n'y trouvent pas leur compte. Même à Paris, je vois que certains supporters parisiens qui pourtant roulent sur toutes les victoires actuellement ont quand même un petit pincement quand ils repensent aux années Canal etc… parce que c'était le club qu'ils ont appris à aimer et qu'ils reconnaissent moins aujourd'hui avec le Qatar. Oui, je pense que ce qui rend le Stade Rennais unique aujourd'hui c'est d'avoir justement cet ancrage local qui démarre par le propriétaire et qui du fait conserve une identité forte. L'identité on la connaît, ça va du rouge et noir à la galette saucisse. Et l'ADN sportif c'est la formation. Tout ça réuni sur un territoire qui est acquis à la cause de Rennes, en Ille-et-Vilaine le supporter de foot normalement est supporter du Stade Rennais et on en trouve beaucoup aussi plus globalement en Bretagne.
Oui, il y a la période de guerre, 1939-1945 où il n'y a pas de championnat professionnel, mais où on aurait aimé quand même raconter des feuilles de matchs parce qu'il y a eu des matchs de joués dans cette période. Pareil en 1914-1918 : en 1916 on gagne la Coupe des Alliés qui est quand même le premier trophée de l'histoire du club, non professionnel, mais c'est le premier. C’est dur de compiler et de raconter ces périodes parce que ce sont des périodes de guerre. Mais étonnamment les périodes les plus difficiles à retranscrire sont les périodes post guerre, notamment de 1946 à 1950. On a eu beaucoup de mal à retracer ces périodes parce que les organes de presse ont été peut-être détruits, les journalistes existaient moins et côté presse de 1946 à 1950 on a eu beaucoup de mal à retrouver des coupures de presse et des archives. On y est parvenu mais difficilement.
En tout cas les zones d'ombre ce serait retracer la période non professionnelle de 1901 à 1932 mais il n'y a pas vraiment de compétition officielle telle qu'on les connaît aujourd'hui. C'était plus décousu dans l’entre deux guerres, mais on voudrait raconter cette période quand même pour être tout à fait complet sur l'histoire du club.
La phase 1932 parce que le Stade Rennais fait partie, grâce notamment au président Odorico qui était très volontaire sur ce sujet, des premiers clubs pros. Donc pour moi c'est important pour le club, on était là parmi les premiers avec quelques autres à installer le football professionnel en France. Deuxième période faste, la période que j’évoquais tout à l'heure, les années 1960 et début 1970, première période de succès. Et troisième période qui est plus longue, c'est la période de l'ère Pinault débutée en 1998 avec un match contre Toulouse qui est absolument essentiel dans l'histoire du club avec ce but de Kaba Diawara qui nous maintient. Quelques semaines plus tard François Pinault rachète le club et depuis au mois de mai, on a rarement été menacés par le maintien. Donc cette période je pense qu'on ne peut pas la couper, l'ère Pinault globalement et on ne sait pas où elle va nous mener. On a déjà eu un succès en Coupe de France c'est bien, on pourrait en avoir plus mais il y a surtout 12 participations en Coupe d'Europe là où avant 1998 on en avait eu que trois. Donc voilà le club, même si beaucoup pensent qu’il ne grandit pas assez vite, il n'a plus rien à voir avec celui d'avant 1998.
© Ouest France
Non justement il faut rappeler ces périodes. Il faut les rappeler tout le temps parce que il y a une génération de supporters que nous avons actuellement qui sont nés un peu avec une cuillère d'argent dans la bouche. Avec l'Europe quasiment tous les ans, limite l'échec désormais c'est quand il n'y a pas d'Europe. Avant l'échec, c'était de ne pas rester en Ligue 1. Les intérêts ont changé mais il faut valoriser cette période parce que c'est justement une période où les hommes présents au club avaient tout autant de valeur voire plus que ceux qu'on a aujourd'hui. Dans cette période où ça n'allait pas, il y en a qui ont tout fait pour sauver le club. Je pense au président Alfred Houget notamment ou encore Pierrick Hiard qui a quitté le club pour qu’il ait l'argent nécessaire à sa survie à une époque. Tous ces gens avaient beaucoup de valeur et ont tout fait pour le club, pour le faire perdurer, ce qui fait que le Stade Rennais est un des très rares clubs à ne jamais avoir connu une autre division que la première ou la deuxième depuis que le football est pro. J'ai plus le nombre en tête mais très peu de clubs sont dans ce cas-là. Donc voilà nous on a cette chance, c'est moins beau qu'une salle de trophées, mais il faut le rappeler et l'année prochaine on va être parmi les trois clubs les plus assidus en première division. Donc ça paye aussi, ce n’est pas un titre mais ça montre que le club est là depuis longtemps, notamment grâce à ces périodes justement où des gens se sont battus pour qu'il survive alors que ça n'allait pas trop.
Je pense que les hommes bougent tellement à l'intérieur du club (dirigeants, joueurs…) que pour moi la figure emblématique c'est la famille Pinault. Ils ont connu la période de disette, la période de difficultés financières et maintenant ils sont le garant de ça et de préserver justement tout ce qui va bien. Après il y a des échecs, il y a des victoires, c'est le sport. Mais eux ils assurent la pérennité, la survie et je pense que ça c'est né de leur propre histoire où ils ont justement vu le club quand ils étaient plus jeunes, ils ont vu le club passer par toutes les situations et grâce à leur succès personnel ils arrivent à faire en sorte que les difficultés que eux ils ont vécues en tant que supporter, nous on ne les vive plus. Même si on pense que des fois être huitième de Ligue 1 c'est une difficulté, ça n'a aucune commune mesure avec la difficulté que nos aïeux ont pu vivre.
Venez sur Rouge Mémoire pour connaître un peu l’histoire de votre club, mais pas que ! Ce que j'ai surtout envie de transmettre, et on essaie de le faire tout le temps, c'est de garder une certaine part d'humilité, savoir d'où l’on vient, savoir qu’un échec aujourd'hui pour un club comme le Stade Rennais, c'est de ne pas être européen vu sa position. Maintenant de ne pas être en Ligue des Champions ce n’est pas un échec. On ne peut pas être supporter de Stade Rennais et dire qu'on est dans l'échec si on ne joue pas la plus grande des Coupes d’Europe, parce que c'est celle qui fait rêver beaucoup de monde. Moi j'ai envie plutôt qu'on transmette à nos petits, des demi-finales ou des finales de Coupe d'Europe dans une compétition plus modeste, plutôt qu'un match de prestige en Champions League qui nous aurait permis d'atteindre les barrages mais de s'arrêter là. Je veux bien qu'on gagne la Ligue des Champions aujourd'hui, je ne pense pas qu'on en soit capables sportivement malgré tout. Donc voilà, ce que j'ai envie de transmettre c'est des épopées européennes parce que ça, ça marque vraiment les esprits. On voit bien toute une génération qui est marquée par Arsenal, qui en parle encore et qui en parleront à leurs petits-enfants dans 30 ou 40 ans.
© Le Télégramme
Moi ce que je veux c'est qu’on fasse des parcours européens parce que c'est clairement ça qui marque les esprits et pour en faire, autant jouer des coupes dans lesquelles c'est possible d'en faire. Strasbourg cette semaine va jouer un match contre Mayence (qualification (4-2) sur l’ensemble des deux matchs), ça peut passer, ils peuvent aller au bout de cette compétition, ils en ont le potentiel, je ne sais pas s'ils y arriveront mais j'aimerais vraiment être à leur place cette année parce que même dans une coupe qui est un peu dénigrée, un titre européen tout le monde s'en rappellerait sur des décennies et des décennies plus qu’un match de poule contre le Real Madrid par exemple au mois de novembre où ils font tourner, ça marquerait les esprits le temps d'une soirée mais pas pour une histoire complète.
Propos recueillis par Axel.L et Quentin.L le 15/04/2026